Comment qualifier ce qui sans doute constitue le point d'ancrage de la série, sans pour autant l'amputer d'une partie de sa signification ? Attribuer un mot à ce concept entier, aussi précis puisse t-il être, nous confrontera toujours à une réduction, une approximation, une vulgarisation loin des intentions premières de son auteur. A partir du moment où le mot advient, le sens se perd un peu. Qu'est-ce que cette fameuse "fantaisie finale" à laquelle nous sommes confrontés un peu plus sans jamais en saisir le véritable arrière-goût ? Il y a bien une religion, une mythologie, Final Fantasy, Sakaguchi, SquareSoft/Enix, peut importe à qui on l'attribue. En traitant de cette espèce de marque final fantasy, on sera bien évidemment confronté au paradoxe de l'exception, aussi les points évoqués feront nécessairement appel à des épisodes qui échappent à la règle, tout du moins a priori...

Le point essentiel de celle-ci serait une conception particulière de l'histoire, progressive certes mais évolutionniste en apparence, et résolument cyclique. Tout concorde pour dire qu'il s'agirait d'une procession où l'homme serait coupable d'un avenir funeste, d'un destin marqué par la déchéance. Là où ce discours s'éloigne du discours pessimiste de la réalité, c'est qu'il comporte une dimension salvatrice, salutaire. En effet, derrière la dégradation se profilerait une forme de retour à l'origine positive. Pour être plus précis, l'humanité passerait par plusieurs états, notamment d'un état de nature à un état de culture, ici métaphorisés. Cette perspective n'est pas tellement différente des approches philosophiques qu'on trouve dans la "réalité", mais elles s'inscrivent dans un développement mythique. C'est par le mythe que la fantaisie s'épelle.

Pour ce qui est de "l'état de nature" par exemple, il viendrait signifier une communion, une symbiose héritée de l'homme avec la Nature, une communion dans l'Unique. L'atout princeps de cette configuration serait la possibilité d'exploitation de la magie. La magie permet d'outrepasser les limites corporelles en se saisissant des facultés mystiques. Une sorte d'étayage sur la Nature, d'appui sur celle-ci qui permettrait de rendre possible l'impossible autrement. De cette fusion naîtrait les pouvoirs liés aux éléments naturels : Eau, Feu, Vent, Terre, ... et leurs corollaires, la Nature venant s'offrir au magicien. Les intérêts personnels de l'homme finissent par entrer en conflit avec ce contrat de base, la guerre apparaît alors et la Nature se retire laissant l'homme nu, déchu. L'histoire fait que les générations futures, renseignés de cette puissance originelle sans limite, vont chercher à retrouver cet état par les moyens qui leurs sont fournis. Or c'est par la Technologie qu'ils vont tenter ce retour, en cherchant à extraire par amputation l'essence qui régit l'univers. Il fut un temps où cette énergie se prêtait aux besoins des hommes, elle est désormais instrumentalisée, arrachée de son domaine et "technicisée", c'est à dire contaminée. L'exemple même de cette façon de penser se retrouve dans FF6, où la Magie a laissé place à son pendant humanisé, son ersatz technologique : la Magitek (le mot en lui même permet de comprendre cette correspondance, ils seraient en somme des mages noirs version machine). Véritable instrument par excellence, elle se pose non plus comme un attribut mais comme une attelle, un atout factice et surtout dangereux. Victime suprême de cette aberration : le grand Kefka, excentrique mais avant tout dément, comme rongé par une énergie qui déborde sa condition. Dans le même esprit on retrouvera le parallélisme présenté dans FF7 entre l'énergie naturelle, pure, symbolisant le flux vital de tout ce qui régit ce monde, et sa version exploitée, la Mako. Dans cette épisode, la compagnie industrielle Shinra tente de créer des super SOLDATS en leur injectant cette énergie. Il y aurait peut-être une tentative de renouer avec l'essence de la nature, tentative d'alchimie dans l'après-coup. Dans FF10 cette fois-ci, on repère cette idée au travers d'une violente scission entre deux religions. D'un côté les invokeurs, les priants, humains (Yevonites)... et de l'autre le peuple des Al-Bheds, qui surexploitent les machines qu'ils conçoivent afin de pallier au manque dont il font l'objet.

FF6